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Le rythme
comme outil de guérison et de Bonjour et merci de m’avoir invité pour vous parler d’un sujet qui est pour moi de grande importance. Le sujet en question est : comment l’utilisation des tambours, c’est à dire la manipulation rythmique du son, peut aider à la guérison et à la santé. Je voudrais aussi exprimer mon support pour le concept de la médecine préventive plutôt que de son opposé et spécialement au rôle de la thérapie par la musique dans le maintien de la santé mentale, physique et spirituelle de la population dans toutes les catégories d’âges. Je suis un musicien percussioniste professionnel. Il y a déjà plus de 40 ans que je vis et joues avec le rythme; comme artiste, comme auteur et toujours, comme étudiant. Au cours des 10 dernières années, j’ai passé la majeure partie de mon temps à étudier le rythme et son effet sur le corps humain. Pourquoi est-ce si puissant et attirant? J’ai écrit sur ce sujet dans mes livres « Drumming at the Edge of Magic » et « Planet Drum », tentant de résoudre ces questions. Et depuis, je sais que je n’ai touché que la surface du sujet, particulièrement ce qui à trait aux propriétés de guérison du rythme et de la musique. Tout ce qui existe dans le temps a un rythme et un pattern. Nos corps sont des machines rythmiques multi-dimensionnelles dont toutes les parties « pulsent » en synchronisation, du processus digestif de l’intestin au fonctionnement des neurones du cerveau. À l’intérieur du corps, le pouls central est contrôlé par le système cardio-vasculaire, le cœur et les poumons. Le cœur bat à un rythme de 60 à 80 battements par minute et les poumons s’emplissent et se vident à environ le quart de cette vitesse, ce processus se faisant à un niveau inconscient. Quand nous prenons de l’âge, par contre, c’est rythmes tendent à perdre de leur synchronisation et soudainement, le sujet de plus grande importance pour nous est de retrouver ce rythme perdu. Ce qui est vrai pour nos propres corps est aussi vrai partout autour de nous. Nous sommes partie intégrante d’un univers rythmique. Partout nous voyons le rythme en action, des patterns se déplaçant dans le temps. Il est présent dans le cycle des saisons, dans la migration des oiseaux et autres animaux, dans le processus des plantes et dans la naissance et la mort de nos corps. Le rythme est au centre de notre vie. En acceptant ce fait et en agissant, notre potentiel à prévenir la maladie et conserver la santé mentale, physique et spirituelle sera bien plus élevé. Notre espèce aime jouer avec le rythme. Nous inter-agissons avec lui à chaque seconde de notre vie, jusqu’à la fin de nos jours. Quand les rythmes s’arrêtent, nous nous arrêtons aussi. Et c’est là que la musique devient importante. Selon le regretté ethnomusicologue John Blacking, la musique est un miroir reflétant les rythmes sociaux et biologiques des cultures de la planète. Elle est une extériorisation des pulsations internes non-exprimées, enfouies sous le poids de la vie de tous les jours. Blacking affirmait qu’une grande partie du plaisir et de la puissance de la musique vient de son habileté à nous reconnecter aux rythmes internes profonds dont nous ne sommes pas conscients, notre nature. Et c’est la connection avec ces rythmes qui donne à la musique la puissance de guérir. La musique humaine, en tant qu’organisation de sons et de vibrations, a joué un rôle clef dans le développement de notre espèce, commençant par la création d’outils primitifs. L’histoire de la conception d’outils (toutes ces pointes de flèches et couteaux délicatement conçus) est un exemple dramatique du travail accompli pour en venir à la maîtrise des rythmes subtils du corps que toute civilisation avancée à besoin pour survivre. Dans le but de créer les outils nécessaires permettant l’avancement de notre espèce, nous avons appris à gratter, racler, frapper, frotter, secouer et se balancer en suivant un rythme. De là, nous nous sommes réunis en groupes pour chanter nos chansons, pour raconter nos histoires, pour danser nos danses, tout dans le rythme. Nous nous sommes rendu compte qu’en se réunissant de cette façon, notre sens de communauté et de famille se voyait renforci. L’extension naturelle était l’utilisation du rythme, et spécialement les instruments de percussion, dans des cérémonies de guérison effectuées par des pratiquants de la médecine traditionnelle. Comme la technologie moderne nous éloigne de plus en plus de nos rythmes naturels, le potentiel de l’utilisation de la percussion à des fins thérapeutiques est en croissance rapide. De nos jours, sans même le comprendre réellement, des milliers d’individus de par le monde se sont tournés vers la percussion comme une certaine forme de pratique comme la prière, la méditation et les arts martiaux. C’est une pratique déjà reconnue par plusieurs pour sa capacité à aider à la concentration, au focus et pour aider les gens à appaiser le stress et enrayer la lassitude de la vie de tous les jours. Encore plus important, jouer du tambour est une façon d’approcher et de jouer avec les mystères profonds du rythme. Typiquement, les individus se regroupent pour jouer du tambour avec d’autres participants de leur communauté environnante dans des événements appelés « cercles de tambours » (« drum circles » en anglais). Les cercles de tambours offrent l’égalité en tout sens car il n’y a pas de meilleurs ou de moins bons. Inclus sont des individus de toutes catégories d’âges. L’objectif principal est de partager l’espace, le rythme et être en synergie avec les autres participants et soi même. Pour former une conscience de groupe non individuelle. Pour s’entraîner et vibrer. Par entraînement, je veux dire qu’une nouvelle voix, une voix collective émerge du groupe lorsque tous jouent ensemble. Les apprentis musiciens percussionnistes apportent leurs propres instruments (leur voix) et battent du tambour pendant un certain temps. À la fin, souvent, les participants discutent de leurs préoccupations individuelles ou par rapport au groupe. L’événement aide à cette discussion car le fait de jouer le tambour ensemble forme une racine commune à tous, un même language. Des groupes de femmes musiciennes aux groupes d’alcooliques anonymes, le fait de jouer le tambour ensemble ouvre des canaux de communication et favorise le développement communautaire et familial. Pendant que certains groupes de tambours se forment autour d’une issue particulière, d’autres n’ont rien sur l’agenda et saisisse l’occasion de se réunir pour jouer de leurs instruments et partager le rythme. Les individus de l’âge d’or sont pour la plupart étrangés à ce mouvement et encore, il sont ceux qui pourraient en bénéficier le plus. L’implantation de cercles de tambours dans la population de l’âge d’or devrait être partie intégrante des programmes de thérapies par la musique. Il y a maintenant un large éventail de facilitateurs expérimentés enthousiastes (musiciens percussionnistes thérapistes) et prêts à diriger des ateliers et produire des vidéos instructifs à être distribués à la population âgée maintenant isolée dans des centres de retraités ou autres centres sous soins infirmiers. Il serait important de leur souligner que le but n’est pas la performance en public car lorsqu’on parle de ce genre d’activité, nous parlons de se retrouver dans un espace où il n’y a ni meilleur, ni pire, ni moderne, ni primitif, aucune distinction mais bien seulement qu’une force naturelle organique ayant le besoin de traduire le fait émotionnel d’être en vie par le son, le rythme, en quelque chose sur lequel on peut danser. Par l’entremise des cercles de tambours, la population prenant de l’âge pourrait s’intégrer dans ces rythmes du royaume de la vie. Les effets pourraient être innombrables. Premièrement, il y aurait une diminution immédiate des sentiments reliés à la solitude, l’isolement et l’aliénation dans les rapports entre les résidents et avec le monde extérieur. Pendant qu’aujourd’hui plusieurs personnes âgées passent des heures assises devant la télévision à chaque jour, jouer du tambour est une activité qui leur permettraient d’avoir un contact direct avec la jeune population de la communauté extérieure. Alors que la communication verbale entre les générations et dans des cas de maladies peut souvent être difficile, le language non-verbal des cercles de tambours nous permet d’établir des rapports. D’autres effets naturels sont l’augmentation de la confiance en soi, de l’amour de soi, un sentiment de puissance, de créativité et une nouvelle habilité à concentrer l’attention. Sans mentionner le plaisir, la joie simple. Vient une réduction du stress, tout en entraînant le corps dans un exercise sans danger, doux et simple qui ré-énergise et nous ramène en notre centre. Il n’y a pas de doute des bénéfices substantiels qui pourraient émerger d’une augmentation des ressources, soit des subventions pour recherches dans l’étude de la thérapie par la musique. Ces financements sont critiques pour explorer les méthodes d’utilisation des techniques décrites ici. Des milliards de dollars sont dépensés chaque année pour apaiser les crises et les maladies pendant que très peu de ressources sont allouées pour empêcher les débalancements résultants en maladies. Un changement de la médecine de crise vers la médecine préventive doit s’effectuer. L’introduction des cercles de tambours et des instruments de percussion dans la population âgée est une nouvelle médecine pour une nouvelle culture. C’était une bonne idée il y a 10000 ans et c’est une bonne idée aujourd’hui.
Traduit par Stéphane Ouimet, 2004 |
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