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Musicothérapie |
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musicothérapie:
en avant la musique! Chaque année, Paul McCartney, George Michael, Phil Collins et David Bowie chantent bénévolement au profit de la musicothérapie. Mais si cette nouvelle science fait chanter les stars discrètement, elle refuse les devants de la scène... Diffusée, commercialisée, remixée, répétée: la musique hante désormais tous les recoins de la vie. Les baladeurs ont envahi les rues, les "bains musicaux" flottent entre musiques et eaux douces. Même la Chine s'en mêle, la musique infiltrant en douce les circuits d'acupuncture. Dans cette époque bercée de souffrances, la musicothérapie ne fait pas exception et propose à son tour de la musique avant toute chose. Avec cette dernière, il ne s'agit pas d'apprendre ou de jouer, mais de cerner des émotions. En sol québécois, la musicothérapie s'est enracinée grâce à Thérèse Pageau - l'unique musicothérapeute dans les années soixante. «La musicothérapie s'est ensuite implantée via l'adaptation scolaire», rappelle soeur Marcelle Corneille, qui fit des pieds et des mains pour qu'en 1984 soit enfin accordé à cette science un statut universitaire. Depuis, le Québec bat la mesure. Formation dispensée à l'Université du Québec à Montréal, intégration en milieu hospitalier, congrès et stages. «Mais la discipline est jeune, soupire une musicothérapeute que nous avons rencontrée. Elle est hélas confondue, réduite à des phénomènes qui ne la concernent pas. » Donc exit la musique qui pompe le moral ou la peine d'amour, exit les cassettes de relaxation, les tables sonores et les bains flottants: toute cette "musique thérapie" ne mérite pas le label de musicothérapie. Au pire, on a affaire à des produits de piètre qualité «enregistrés dans des conditions médiocres, ou dotés de "messages subliminaux" inexistants», lance le directeur d'un studio d'enregistrement. Au mieux, on parle de détente, de mieux-être et de relaxation, mais jamais de musicothérapie, puisque thérapeute et bilan en sont exclus. Quand la musique adoucit les mœurs La musique de type "musak" illustre aussi tout ce que n'est pas la musicothérapie. «Nous ne vendons pas de la musique, nous vendons des programmations», précise un des responsables de Musak, cette grande entreprise américaine d'abord créée pour fournir de la musique par téléphone. Le musak est donc une musique traitée (tonalités et volume sont affadis), placée sur des cartes perforées, classée par genre et programmée en séquences de temps déterminées. Par exemple, un programme de restaurant mettra en vedette pour le déjeuner des nouveautés sans cuivres, et pour le repas du midi, des airs farcis de cordes. Pour l'usine ou le bureau, la musique sera sereine, relevée en milieu de matinée et d'après-midi de rythmes allègres voués à contrer la fatigue. Enfin, pour les boutiques, on aura plutôt recours à des ambiances qui stimulent les oreilles, le geste et les achats. Avec la musique d'ambiance et la musique nouvel âge, on a toutefois raffiné vocabulaire et concept. Le compositeur John Cage parle donc de «musique d'ameublement qui tient compte des bruits ambiants en adoucissant, par exemple, le bruit des fourchettes». Christopher Reed, concepteur de la collection musicale Intermede Ambiance, évoque «des ambiances interactives entre ce qui est vécu et ce qui joue en arrière-plan.» Les tenants du nouvel âge proposent pour leur part des ondes sonores qui «massent le cerveau». En dépit de ces diverses orientations, toutes ces musiques proposent d'abord des sonorités qui s'entendent mais ne s'écoutent pas, c'es-tà-dire des airs qui pacifient l'attente ou le silence. Chez le dentiste, dans le métro ou dans les gares, quel est donc le secret des musiques lénifiantes? Vidées de toute sonorité stridente, elles évitent ce qui stresse, choque, émeut ou secoue-tempos serrés, crescendos puissants, cuivres agressifs, violons sanglotants. «L'impression d'échapper ides structures exigeantes et à des rythmes oppressés explique peut-être le succès de la musique nouvel âge», affirme la musicothérapeute. Pas étonnant alors que, dans ce créneau, la majorité des ventes se fassent en milieu urbain (à Montréal et à Québec), que le succès soit immense (en cinq ans, on est passé de 50 à 1 000 titres) et que les étiquettes spécialisées trouvent preneurs (à elle seule, l'étiquette Windham Hill totalise plus de deux millions de dollars de ventes annuelles). Ces musiques antistress sont certes utiles, mais elles ne servent pas l'expression, la communication ou la guérison. « Ce ne sont pas là des démarches visant à résoudre des problèmes, mais de simples objets de commerce», tranche soeur Corneille. Médecine, maestro! En comparaison, la musicothérapie se fait discrète, à l'écoute de l'être plutôt que du son, en quête d'identité plutôt que de style. Bien sûr, la musique est une thérapeutique et elle l'a toujours été. Qu'on pense à David soignant la dépression du roi Saül au son de la harpe, aux Indiens Cherokees guérissant à coups de crécelles. Qu'on pense à la catharsis de Pythagore ou aux chants médicinaux de Platon. «L'estomac aime le rythme, décrétait un médecin du siècle dernier. Madame dînera donc au son du tambour... » II faudra pourtant attendre notre époque, méthodique et affligée, pour que soit fondé en 1942 le premier institut européen de musicothérapie. Mais les Américains ne perdent pas de temps: au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la musicothérapie pénètre leurs hôpitaux militaires. Auprès des vétérans américains s'amorce alors une "médecine de la musique", rigoureuse et systématique. «Les chercheurs des années 40 ont colligé des données précises concernant l'impact musical sur les pulsations cardiaques, les ondes cérébrales, la digestion, l'énergie, les réflexes et la fatigue, résume une musicothérapeute pratiquant dans un hôpital de Montréal pour enfants. À un point tel qu'on les a accusés d'oublier le patient au détriment du son!» Les premières recherches auront toutefois doté la musicothérapie d'inébranlables assises. À l'heure actuelle, les musicothérapeutes utilisent des méthodes actives (jeu, improvisation) ou des méthodes réceptives (écoute, imagerie guidée). Ils s'inspirent également de travaux axés sur la rééducation, typiques de l'Allemagne et des États-Unis. Ou encore, ils vont puiser à l'école française, où la musique sert la connaissance de soi. "Remixez-moi" Qu'elle serve la psychothérapie ou la rééducation, «la musicothérapie ne vise jamais la distraction pure ou la performance, souligne quant à elle une musicothérapeute à l'Unité des soins palliatifs du CHUM. Elle cherche d'abord à ouvrir une voie de communication, à trouver la clé musicale qui brise le mur du silence.» «Timbre, dissonance, tempo: la musique est un code où il n'y a pas de place pour le hasard, renchérit spécialiste en musicothérapie pour enfants. Même improvisée, elle n'est jamais accidentelle. Décoder le comportement musical, c'est pouvoir comprendre le comportement tout court.» En Autriche, on a en tout cas saisi cette vérité et la musicothérapie occupe une place privilégiée dans le dépistage des suicidaires. Mais ici comme ailleurs, la musicothérapie, c'est aussi une vieille dame tirée de son silence par un Parlez-moi d'amour nostalgique. C'est un détenu, un dur de dur, apprivoisé au son d'une guitare. C'est une toxicomane revenant de loin au son d'une petite musique classique. La musicothérapie, c'est aussi l'enfant autistique qui réagit et répond au son du grelot. C'est la déficiente à qui la musique donne habiletés motrices, coordination et concentration. C'est le jeune accidenté devenu paraplégique qui crie sa révolte sur la peau déchirée d'un tambour. La musicothérapie, c'est enfin ces patients cancéreux qui demandent Pour la dernière fois de Gerry Boulet, ou ces comateux dont on calme la douleur et les angoisses avec des chants sacrés. Mais surtout, la musicothérapie, c'est une thérapie à laquelle (presque) tous acquiescent, à cause de la musique, bien sûr, qui est si belle. Thérapie sur mesure Femmes battues, personnes atteintes de sida, d'Alzheimer, de troubles du sommeil, d'élocution ou d'apprentissage, handicapés mentaux, sujets dépressifs: les bénéficiaires de la musicothérapie pourraient être légion, mais au Québec, les (rares) thérapeutes travaillent surtout auprès des personnes âgées et des enfants. Dans tous les cas cependant, la rigueur est au programme. Le musicothérapeute évalue d'abord les besoins du patient, situe ses antécédents, sa capacité d'expression et sa sensibilité musicale. Objectif en tête, le thérapeute dresse alors un plan de traitement incluant une méthode adaptée (axée sur le jeu ou l'écoute), assorti d'un matériel sonore adéquat. «L'oreille des personnes âgées capte mal les hautes fréquences, note une musicothérapeute spécialisée en gériatrie. Et, de leur côté, les enfants sont davantage apaisés par une berceuse que par une musique pour adultes.» «Certains patients trop faibles ne supportent que de brefs intermèdes musicaux, observe-t-elle. Par contre, le traitement des grands anxieux appelle des musiques assez vives, dont le tempo sera graduellement modéré.» Malgré ces différences, jusqu'à un certain point, les buts restent inchangés: changés: par le biais de la musique, il faut révéler le patient à lui-même, ses forces comme ses blocages. Pour y arriver, nul besoin d'un orchestre symphonique. «Au contraire, il faut des instruments faciles à apprivoiser et à saisir», affirme la musicothérapeuthe. Dans ce sens, les percussions (grelot, tambourin) et les lames sonores (xylophone, carillon) sont fréquemment employées. La voix humaine est également recherchée. «Aucun instrument n'est autant connecté au corps et ne reflète des impressions aussi profondes», s'exclame-t-elle. Musique ou médicament? Plusieurs chercheurs ont tenté d'évaluer la portée thérapeutique de la musique, de dresser en quelque sorte une pharmacopée musicale. À la Renaissance, on a même établi des liens entre modes musicaux et tempéraments. Mais la musique résiste aux classifications. Bien sûr, plus les éléments rythmiques sont définis, plus les réactions physiques sont prévisibles. C'est le cas, par exemple, de la musique de danse ou de la musique militaire. De même, plusieurs musiques jugées "positives" (Ave Maria de Gounod, Aria en sol de Bach, Canons de Pachelbel) présentent un tempo analogue aux pulsations cardiaques. «Mais si on peut reconnaître quelques archétypes musicaux, si les personnes âgées préfèrent une valse de Strauss à l'Étude aux casseroles de Schaeffer, il n'existe pas de répertoire apaisant ou tonifiant, affirme musicothérapeute pour enfants. Un sujet ne se laisse pénétrer par la musique que s'il y trouve une résonnance entre son tempo personnel et le tempo musical.» L'apaisement peut donc se moduler sur une ballade de Guns'N'Roses ou sur une sonatine; à l'inverse, les violons de Vivaldi peuvent répugner tout autant que le heavymetal! «Chacun a son identité sonore, son tempo mental», lance la spécialiste. La musicothérapie reste donc une thérapie à la carte qu'il ne faut pas administrer comme un médicament. «L'effet est plus subtil, il dépasse les prescriptions», renchérit soeur Corneille. Mais alors, la musique peut-elle guérir l'esprit? Quoique la musicothérapie puisse améliorer la qualité de vie ou aider l'individu souffrant, là s'arrêtent ses pouvoirs. En d'autres mots, le thérapeute peut diriger la thérapie, mesurer les réactions, observer les déblocages, dégager certains paramètres, tracer un bilan. Mais ce bilan, il ne peut le prévoir ou le provoquer sur demande. Si on ne peut supprimer l'angoisse simplement parce qu'on décide d'utiliser la musique, on ne s'improvise pas davantage thérapeute par hasard ou par ignorance. «Une musicothérapie mal conduite peut nuire», avoue une des musicothérapeute interrogée, émue au souvenir de cette dame anéantie par une musique trop chargée d'affects. Bien que la musicothérapie mette en jeu de délicates harmonies, le titre de musicothérapeute demeure mal protégé. Depuis 1977, il existe une Association de musicothérapie du Canada, auprès de laquelle peut être accrédité tout musicothérapeute. Le regroupement des musicothérapeutes québécois est cependant en voie d'incorporation et, profitant de ce vacuum, des amateurs "font de la musico" comme on ferait de la dentelle ou du bricolage, soit en évitant les trois années d'études universitaires requises et en faisant fi des 1000 heures de stage donnant au musicothérapeute son accréditation (MTA). Par bonheur, cet intermède tire à sa fin. Et dans la course contre l'anxiété, la douleur et la déprime, dans la lutte pour améliorer la qualité de vie, neutraliser la douleur ou vaincre les troubles d'apprentissage, la musicothérapie a mille pistes à explorer. Déjà un premier congrès mondial a eu lieu en 1974, puis une Fédération mondiale de musicothérapie a été créée en 1985. De plus, si Eric Clapton et Herbert von Karajan, si Menuhin, Pink Floyd et The Who y croient, si des stars américaines la subventionnent en partie, c'est que décidément il y a de quoi chanter sous la pluie!
Jacques Jost, Équilibre et santé par la musicothérapie, éd.
Albin Michel, 1990. |
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